Incidence

Taux d'incidence

Un taux d'incidence c'est le nombre de nouveaux cas d'une maladie apparus pendant une durée donnée, rapporté au nombre de patients à risque pendant la période considérée.

Définition : Il mesure la vitesse de production de nouveaux cas de maladie dans une population. Comme on compte le nombre de nouveaux cas par unité de temps, la taille de la population à risque de présenter la maladie doit intégrer la durée pendant laquelle chaque sujet a été à risque d'être malade : c'est la notion de personne-temps (PT) définie plus haut.

Ainsi le taux d'incidence correspond au nombre de nouveaux cas survenant pendant une période donnée divisé par le nombre de personnes-temps à risque pendant cette période.

 

Remarques :

1- L'hypothèse de stabilité du risque. Un taux d'incidence sur une période T n'est interprétable que si le risque de survenue de l'événement étudié est stable pendant T (nous dirons plus tard "si les incidences instantanées ne sont pas trop dispersées"). C'est l'hypothèse de stabilité de l'événement mesuré au cours de la période étudiée. Ainsi un taux d'incidence de la grippe calculé sur une période allant de janvier à août va masquer le caractère saisonnier de la pathologie. Ce problème peut être résolu lors de la mise en place de l'enquête au vu des connaissances scientifiques sur le sujet, ou lors de l'analyse en calculant des taux sur des périodes ou les incidences instantanées semblent identiques.

 

2- L'hypothèse d'homogénéité par rapport au risque. Il est souvent utile d'exprimer des taux d'incidences selon des modalités d'âge (classes d'âge), de sexe (hommes/femmes), ou de catégories socio-professionnelles, ... En effet mesurer le taux d'incidence de la rougeole dans une population entière sans découper en classe d'âge entraînerait une perte importante d'information car en l'occurrence il s'agit d'une maladie essentiellement infantile. On procède alors a un ajustement des taux d'incidence selon l'âge. De plus les comparaisons entre populations seraient erronées puisqu'une population plus jeune aurait intrinsèquement plus de cas, indépendamment de tout autre facteur de risque. C'est l'hypothèse d'homogénéité de la population quant au risque de survenue de l'événement étudié.

 

3- Synonyme : on trouve parfois dans la littérature les termes densité d'incidence ou force de morbidité pour parler du taux d'incidence.

Exemple : Après 10 ans d'évolution du diabète de type I, le risque de présenter une rétinopathie non proliférante avec micro-anévrismes et hémorragies rétiniennes augmente avec la durée du diabète (figure 3). L'incidence de la rétinopathie proliférante augmente entre la 10ème et la 15ème année de diabète puis se stabilise autour de 3 % par an (figure 3).


Figure 3 : Incidence de la rétinopathie diabétique

Si l'on considère maintenant l'incidence de la néphropathie diabétique, on note que l'incidence commence à croître après 5 ans de diabète pour culminer entre 10 et 15 ans de diabète pour ensuite décroître et se stabiliser à moins de 1 % par an (figure 4).

Figure 4 : Incidence de la néphropathie diabétique

Incidence instantanée

Il s'agit d'un indicateur dont la construction repose sur des hypothèses rarement vérifiées dans les enquêtes épidémiologiques (très grande population et aucun perdu de vue). Rappelons que l'incidence traduit la vitesse d'apparition de nouveaux cas et imaginons un véhicule qui parcourt une distance donnée en un temps donné. Il est facile de mesurer sa vitesse moyenne : c'est ce que nous avons appelé le taux d'incidence mais il est également possible de mesurer sa vitesse en tout point du parcours et celle-ci peut très bien varier d'un point à l'autre : chacune des mesures est une incidence instantanée.

 

Définition : L'incidence instantanée est la probabilité qu'un sujet présente une maladie à un instant donné t sachant qu'il était encore sain à l'instant précédent. La notion "d'instant" peut être comprise comme un jour mais aussi être étendue dans un sens plus large à une période de un mois ou d'un an.


Remarque : Si l'incidence instantanée est constante tout au long d'une durée D d'exposition, le taux d'incidence sur D est alors égal à l'incidence instantanée.

Incidence cumulée (Ic)

La définition mathématique est simple : il s'agit de faire la somme sur une durée D d'exposition de toutes les incidences instantanées survenues au cours de cette durée. Pour simplifier, on est souvent amené à supposer l'incidence instantanée constante pendant la durée D. Alors l'incidence cumulée (Ic) sur la durée D s'écrit :

Ic = (Taux d'incidence observé pendant D)ŸD

et si la population est grande et l'événement rare (cas fréquent en épidémiologie humaine) :

où D est la durée d'exposition et P0 le nombre de patients à risque au début de l'étude.

 

Exemple : 1 000 sujets sont suivis pendant 3 ans ; 5 tombent malades la 1ère année, 3 la seconde et 2 la troisième. L'unité de temps que nous choisirons est l'année.

         m = nombre de nouveaux cas = 5+3+2=10

         PT = [(P0+Pt)/2]ŸT = [(1 000+990)/2]Ÿ3 = 2985

         taux d'incidence annuel = 10/2985 = 0.00335 soit 3.35 malades par an pour 1000

         incidence cumulée = 0.00335Ÿ3 = 0.0101 soit 10 malades/3 ans/1000

 

Si on suppose l'événement rare et la population grande alors :

         incidence cumulée = 10/1 000 = 0.01 soit un résultat comparable au précédent.

Exemple : observant l'incidence cumulée de la rétinopathie non proliférante du diabète, on note qu'après 14 années d'évolution du diabète, la rétinopathie non proliférante est présente chez la quasi totalité des diabétiques insulino-dépendants (figure 5). Pour la rétinopathie proliférante l'incidence cumulée progresse rapidement. Après 40 années de diabète, son incidence cumulée est voisine de 62 %.

Figure 5 : Incidence cumulée de la rétinopathie diabétique

 

L'incidence cumulée de la néphropathie diabétique apparaît sur la figure 6. On note qu'après 40 ans de diabète l'incidence cumulée de la néphropathie se situe entre 30 et 40 %.


Figure 6 : Incidence cumulée de la néphropathie diabétique

Risque de maladie

Le risque d'être malade au cours d'une durée D est, par définition, la probabilité de devenir malade durant cette période. Il s'agit d'une probabilité donc comprise entre 0 et 1, et il s'agit d'un risque donc applicable à un individu. On peut montrer que le risque s'exprime en fonction de l'incidence cumulée.