Il semble que le mot qualité de vie ait fait son apparition dans le vocabulaire médical en 1966; et depuis on assiste à une extraordinaire multiplication des mesures et indicateurs de la qualité de vie.
Le souci d'apporter une mesure à la qualité de vie a été tout d'abord ressentie par les cancérologues ; ces derniers peuvent aujourd'hui prolonger la survie moyenne pour certains cancers, mais à quel prix et dans quelles conditions de qualité de vie pour le patient ?
Les mesures de la qualité de vie sont multidimentionnelles et comportent au moins trois dimensions communes : physique, mentale et sociale. D'autre part, une caractéristique originale des mesures de la qualité de vie, c'est le recueil du jugement des patients eux mêmes. Le vécu de la maladie par le patient et la satisfaction que peut lui procurer le traitement sont des notions qu'on cherche à appréhender dans le cadre des mesures de la qualité de vie.
Plusieurs méthodes sont proposées pour évaluer la qualité de vie. La littérature médicale épidémiologique est riche d'articles consacrés à ce sujet et proposant chacun une définition. L'une des méthodes les plus utilisées s'appuie sur un cadre théorique bien défini : la mesure de l'utilité. Il s'agit d'un concept général, fondé sur la théorie mathématique des jeux, qui permet de mesurer la valeur que les individus attribuent aux conséquences possibles de différentes actions de santé.
Lorsqu'il existe plusieurs issues possibles pour une situation clinique donnée, il s'agit de chiffrer les préférences qui s'y rapportent. Pour illustrer cette notion, nous proposons de réfléchir sur l'exemple suivant.
Chez un sujet âgé et diabétique, une plaie pénétrante du pied gauche pose le problème suivant : faut-il opérer immédiatement et pratiquer une amputation limité ou bien attendre la cicatrisation en traitant médicalement mais en s'exposant au risque d'une extension de la gangrène qui se solderait par une amputation étendue avec un risque de mortalité opératoire plus élevé.
Le calcul de l'utilité découle de la connaissance à priori des deux attitudes et en tenant compte des préférences du patient.